Entre tradition et modernité...un métier se cherche.
Ébéniste de profession, un constat s'impose à tous ceux qui comme moi exercent cette activité : l'industrie du meuble est en profonde mutation. Comme tant d'autres secteurs, celui-ci n'échappe pas aux effets de la mode, aux changements d'habitudes de vie et de consommation, aux effets pervers d' une industrialisation à outrance. La grande distribution gagne du terrain et par effet de vases communicants, l'artisanat en perd. L'image du vieil atelier poussiéreux du menuisier ou de l'ébéniste, que beaucoup d'entre-nous, pour y être entré un jour, gardent enfouie dans un recoin de leurs souvenirs, fait déjà partie du passé. Elle s' inscrit désormais dans notre mémoire collective. Établi usé et noirci, outils ancestraux, monticules de copeaux jonchant le sol, odeur si particulière du bois ou de la cire sont autant de clichés qui subissent le même sort.
Quelques vieux outils...
Mais au-delà du descriptif "folklorique" et d'une nostalgie trop passéiste, c'est tout un pan d'industrie qui subit ces changements et cherche sa voie dans cette mutation inexorable. Les grandes marques de l'ameublement ne manquent pas d'arguments. Elles proposent des lignes à l'esthétique certaine, aux coloris agréables, du mobilier aux fonctionnalités indéniables et, argument de taille, des prix de vente très attractifs. S'il n' est pas facile pour l' artisanat de trouver une parade dans ces conditions, il n'en reste pas moins vrai que des pistes existent.
Baldia ou Manka
(meuble traditionnel du Pays-Basque)
Nous assistons depuis plusieurs années déjà au retour et à la recherche d'une certaine qualité de vie. Cette nouvelle exigence passe aussi par une qualité de fabrication de l'habitat et de ses aménagements. Sans aucun doute, les petites structures artisanales sont plus à même de répondre à cette demande croissante. Reste à espérer que la démarche s'inscrive dans la durée et soit beaucoup plus qu'un simple mouvement temporaire.
Dans le même ordre d'idée, on peut aussi constater que face à une standardisation généralisée, beaucoup de personnes recherchent l'objet personnalisé. Comment s'en étonner quand on sait que l'on peut trouver les mêmes produits à Paris, Rome, San Francisco ou Shanghai ? Du coup, acheter ses oeufs, sa viande ou ses produits manufacturés au producteur local devient un privilège inestimable : paradoxalement l'originalité y gagne, la qualité aussi bien souvent. N'est-il pas plus agréable d'acheter l'armoire unique fabriquée sur mesure, que le meuble impersonnel que possèdent déjà cinq mille clients à travers tout le pays ?
Bureau
Alors oui, pour ces raisons et bien d' autres, l'artisan-ébéniste a encore quelques cartes en main. Maillon à sa façon d'un savoir-faire et d'une tradition, il a certainement un rôle à jouer à notre époque ainsi que dans un futur où l'authentique devrait reprendre plus de place. Reste qu'il doit pour cela continuer à chercher, créer, innover, se distinguer par la particularité de son travail ou de ses prestations.
Se remettre en question toujours et encore ? Les périodes de doute seraient dit-on, les plus propices à la réflexion. 
Table de salon avec oiseaux incrustés